Le Cerf Blanc et les légendes chrétiennes

Commentaire : Le Blanc Cerf occupe une grande place dans le mythe arthurien, chez les gaulois, il est Cernunnos le dieu de l'Abondance, celui des richesses cachées, et il est probable que le lien entre chrétienté et Cernunnos soit le Blanc-Cerf. Voici donc un texte sur les légendes chrétiennes du cerf portant entre sa ramure, la croix du Christ, véritable christianisation d'une mythologie païenne, ou d'une créature des temps anciens !

 

LES CERFS MERVEILLEUX DES CHASSES LEGENDAIRES

 

 

Toute manifestation du Christ aux hommes, toutes et chacune de ces épiphanies intimes, si fréquentes dans la vie des âmes, sont des illuminations de grâce, des dons de la connaissance et de lumière spirituelles dont il favorise celles qu'il lui plaît de choisir et d'attirer plus près de Lui :

 

Dans la « légende dorée » de la seule hagiographie occidentale, plusieurs scènes de chasse, très connues, nous montrent Jésus-Christ empruntant la forme du cerf pour se manifester ainsi à des âmes d'élite. Les plus populaires sont les chasses de saint Hubert et de saint Eustache. Voici ce qu'un très vieux récit de France raconte sur le dernier de ces deux saints : Il était un païen nommé d'abord Placide, vertueux, du reste, et rempli de bonté pour tous les malheureux. Un jour qu'il chassait avec quelques amis, ils lancèrent ensemble une troupe de cerfs superbes. Bientôt, quittant ses compagnons, Placide se jeta éperdument à la poursuite du plus grand et du plus beau des cerfs qui s'était séparé du reste de la bande.

 

Et voilà qu'au bout d'une course folle le cerf s'élança soudain sur le sommet d'un rocher, et là, se retournant vers le chasseur, lui dit « Placide, pourquoi ne pas me suivre sur les hauteurs ? Je suis le Christ qui t'aime et que tu sers sans le connaître encore : tes aumônes, ton esprit de justice me plaisent et c'est pourquoi je me suis fait cerf magnifique pour t'attirer à moi ».

 

-         « Beau Cerf, si vous êtes ce Christ dont on parle tant, répondit Placide, expliquez vos paroles, et je croirai en Vous. »

 

Et le Cerf divin répondit : « Je suis le Christ. C'est moi qui ai fait le ciel et la terre, et le soleil et la lumière et le saisons. J'ai tiré l'homme du limon terrestre, et, plus tard, pour le sauver de ses iniquités, j'ai pris chair d'homme, suis mort en croix ; et puis, après trois jours passés dans l'ombre du sépulcre, j'ai repris la vie pour toujours. Et maintenant je t'attends ; viens à moi, Placide : je suis le Christ ! ».

 

Et voilà qu'aux yeux ravis du bon païen, le cerf grandit immensément et se fondit bientôt dans l'éblouissement d'une lumière intense. Et, dans cette lumière, apparaissait à son tour un homme crucifié dont les quatre membres et le cœur saignaient… Peu à peu, le rocher reparut dans son âpre nudité de toujours, et Placide s'en fut, puis abandonnant tout, et jusqu'à son premier nom, se donna tout entier au Christ qui, par le moyen du cerf merveilleux, avait illuminé son âme.

 

La légende de la chasse de Saint Hubert que rapportent Beile, Surius, et autres anciens auteurs, et que raconte si bellement la grande frise, sculptée à la fin du XVe siècle au portail de la chapelle du château d'Ambroise, n'est que le double de la légende de Saint Eustache. Tous les artistes de l'ancienne France qui les ont voulu représenter l'une et l'autre ont placé entre les bois du cerf l'image du Crucifié divin afin de bien exprimer la substitution de l'un à l'autre.  Sur un retable du Moyen-Âge qui fut transporté de l'abbaye de Saint-Denis au musée de Cluny, à Paris, ce n'est pas le Crucifix que l'on voit dans l'écartement des branches de la ramure du cerf, mais le visage du Sauveur qui semble être greffé sur l'os frontal de l'animal.

 

Et ces chasses miraculeuses nous rappellent qu'un jour Saint Félix de Valois, voulant se désaltérer à l'eau d'une fontaine à demi-glacée, vit apparaître sur l'autre bord un beau cerf qui portant dans sa ramure une croix mi-partie rouge et mi-partie bleue. Bientôt, sous les efforts de Félix, la froide fontaine au cerf vit naître, près d'elle,  l'abbaye de Cerfroid, et la croix rouge et bleue du cerf devint l'image de l'ordre des moines trinitaires fondé par Félix à Cerfroid pour le rachat des captifs.

 

Dans tous ces récits, le cerf s'affirme comme la forme empruntée par le Sauveur pour se manifester à des âmes terrestres et les éclairer sur ce qu'il attend d'elles : les bijoux anciens qui portent un « rencontre » de cerf avec le crucifix sur le front, ou le monogramme du Christ dans sa ramure ou bien au-dessus d'elle ne sont que les hiéroglyphes de ces manifestations de la lumière surnaturelle.

 

Et puisque nous sommes ici en plein dans le domaine de la poésie médiévale et chevaleresque, reportons-nous à cet épisode de l'un des poèmes de ce temps relatifs au Saint Graal : Nous y lisons, qu'alors que les trois illustres chevaliers Galaad, Perceval et Bohors, compagnons de la Table-Ronde, et de la pucelle Qui-jamais-ne-mentit, cherchaient leur chemin et priaient le Haut-Maître de les guider, ils virent sortir du bois qui bordait le chemin, un cerf plus blanc que les plus blanches fleurs des prés ; devant lui marchaient deux lions, et derrière lui deux lions. Les chevaliers et la pucelle suivirent les animaux merveilleux, et bientôt pénétrèrent à leur suite dans un sanctuaire où un prêtre, vêtu aux armoiries de Notre-Seigneur se préparait à dire la Messe du Saint-Esprit. A peine eût-il commencé que devant leurs yeux émerveillés le cerf se changea en Homme qui alla s'asseoir sur une riche chaire, au-dessus de l'autel, tandis que les quatre lions se métamorphosaient, le premier en homme ailé, le second en aigle, le troisième en lion ailé et le quatrième en taureau ailé. Puis tous quatre, la messe étant finie, soulevèrent la chaire où siégeait l'Homme qui avait été cerf, et s'envolèrent par une verrière sans briser un carreau. Lors les trois chevaliers et leur compagne connurent que le cerf et les quatre lions, qui les avaient conduits étaient le Christ et ses quatre Evangélistes.

 

Source : Le Bestiaire du Christ par Louis-Charbonneau Lassay. Ed. Arché Milano. 1982

 

 

 

 

 

 



20/04/2007
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