Napoléon et la Franc-Maçonnerie

 

 

         NAPOLEON Ier

 

ET LES LOGES MACONNIQUES SOUS L'EMPIRE

 

- Vecteur de diffusion des Lumières ? -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa Majesté Impériale l'Empereur Napoléon Ier en costume de sacre

(François Gérard 1805)

« Il n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit : à la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit. »

                                    . Napoléon Ier .

 

 

 

Le sujet que nous avons choisi d'aborder n'est point facile, étant donné l'immense masse documentaire qui existe sur l'Empire. Une masse de livres, d'articles, de revues, d'archives presque aussi importante que tout le corpus consacré au domaine biblique, c'est dire l'intérêt souvent passionné, rarement impartial sur Napoléon et son œuvre, avis souvent encenseur ou viscéralement contre. Ce soir je vais vous entretenir d'un sujet encore méconnu, chez les Maçons eux-mêmes et à fortiori dans le grand public, même cultivé, l'importance de la Franc-Maçonnerie sous le régime Impérial et au sein de la Grande Armée. Pour cette dernière on pourrait parler d'histoire fraternelle entre l'Ordre en France et elle, comme nous allons le voir.

 

Napoléon disait de lui que sa vie est un roman, et il n'avait pas tort, aucun romancier n'aurait pu prévoir une ascension aussi fulgurante, d'un petit corse qui connaîtra un destin semblable à Alexandre plus qu'a César, mais dont l'Empire ne lui a pas survécu, à l'instar de celui d'Alexandre le Grand.

 

Je ne pourrais m'étendre sur l'histoire profane de l'Empire, il me faudrait faire une planche d'au moins 60 pages pour résumer cette histoire à la fois flamboyante et sombre. Disons que dans un élan de retour à l'Antique la France ce dote d'un Empereur, et elle va devenir un temps ce que l'on peut nommer une hyper puissance, pour reprendre un terme à la mode. Une place qu'elle n'aura plus dans le monde après le passage de l'Aigle, ayant ruiné ses forces vives dans la guerre et étant surveillée de très près par l'Angleterre, rivale impériale de notre pays, et responsable d'une guerre menée sans relâche contre Napoléon et l'Empire qu'il édifia.

 

I - Napoléon était-il Franc-Maçon, légende ou réalité?

 

 

Donc allons droit à notre sujet, la Franc-Maçonnerie sous Napoléon 1er. Il est indéniable à nos yeux, que l'Ordre tout entier à quelques exceptions près qui demeurent marginale, s'était rallié de bon cœur au Régime Impérial et à son chef Napoléon. En 1806 il y a en France toutes obédiences confondues 664 loges, ce nombre passera à 1219 en 1814, l'effectif est important. Il n'est que voir les nombreux poèmes et chants entièrement voués à l'Empereur, qui fleurissent dans toutes les loges de France. Je cite le petit poème du F.°. Charles Jubé, colonel de la 29e légion de gendarmerie à l'installation de la loge Elisa de Florence.

 

"Qu'il vive à jamais ce patron

Que l'univers entier révère!

Cet immortel est franc-maçon

Ce grand monarque est notre frère."

 

Avec ce texte, nous entrons de plein pied dans une énigme historique, l'Empereur était-il franc-maçon ? pour les contemporains, cela ne fait aucun doute, ce poème le décrivant comme initié n'est point isolé, il en existe bien d'autres. Signalons tout d'abord que toute la famille de l'Empereur a été reçue franc-maçon, dont certains alors qu'il était encore Bonaparte. L'appartenance de Napoléon à la franc-maçonnerie est un serpent de mer qui ressort de temps à autre, pourtant ce serpent là est peut-être réel et mérite que l'on s'y penche plus sérieusement.

 

Comme le rapporte le regretté François Collaveri dans son ouvrage Napoléon empereur franc-maçon, l'initiation de Joseph Bonaparte, pourtant haut dignitaire maçonnique s'il en est citons ses charges : Grand Maître des franc-maçonneries de France, des royaumes de Naples et d'Espagne, fut mise en doute pendant 150 ans. On parlait alors de promotion politique sans aucune initiation préalable, faisant de Joseph un simple administrateur profane du monde maçonnique français. Jusqu'au jour ou l'on découvre enfin le procès-verbal d'initiation de Joseph qui fut initié le 8 Octobre 1793 par la Loge La Parfaite Sincérité.

 

Pour ce qui est de Napoléon lui-même, 5 villes se disputent le fait de l'avoir initié en leur orient respectifs, ce sont : Valence, Nancy, Malte, Paris, Le Caire et Memphis. Hélas pour aucune de ces villes, nous n'avons retrouvé le procès-verbal de son admission au sein de la Franc-Maçonnerie. Pour Paris, un témoignage de choix, celui d'un frère illustre et dont une Loge de la Grande Loge de France porte le nom : l'Abbé Grégoire. Il cite dans ses mémoires l'initiation de Napoléon, elle aurait eu lieu à Paris, le 17 prairial an XIII, autrement dit le 6 juin 1805. Ce témoignage devrait emporter l'adhésion est pourtant...  Nous savons que 6 mois après le Grand Orient de France devait publier, avec l'aval de Cambacérès, archichancelier de l'Empire et Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien & Accepté, une note selon laquelle Bonaparte "avait reçu la lumière" pendant la campagne d'Egypte, thèse soutenue par la plupart des historiens partisan de l'initiation de Napoléon.  Cette thèse est soutenue par François Collaveri dans son ouvrage, malgré l'absence totale pour l'instant de documents à ce sujet. Personnellement je penche également sans aucun doute pour l'initiation de Napoléon, en raison d'un faisceau important de présomptions à cette appartenance, citons entre autre l'appartenance de tous les membres de sa familles, à savoir : Joseph, Lucien, Louis, Jérôme, Caroline, l'Impératrice Joséphine en personne, sans oublier son père. Seule une de ses sœurs n'a jamais été initiée. Pour accréditer l'hypothèse égyptienne, il a été dit que nombres de savants, et de militaires étaient francs-maçons, donc qu'il ne pouvait qu'être initié aux pieds des pyramides dit la légende dorée. Mais il faut rappeler que Bonaparte ou Napoléon Empereur fut toujours entouré de très nombreux francs-maçons au cours de ces différentes campagnes, par conséquent cet argument pour l'expédition d'Egypte n'en est pas un. Nous nous attarderons pas plus sur ce sujet, faute de documents palpables, cela reste encore une fois du domaine de la spéculation, quelquefois passionnée, voire passionnelle.

 

Napoléon à Abensberg, composition de Myrbach.

 

II - L'EMPIRE ET LA GRANDE ARMEE FRATERNEL:

 

 Ce titre choisi peut sembler provocateur, mais pourtant il reflète une certaine réalité, étant donné l'imposante présence des frères dans les rouages de l'Empire. La sincérité des caciques du régime napoléonien et des frères qui servent l'Empire envers l'institution maçonnique ne fait aucun doute. Pour la plupart de ces hommes qui ont connu l'Ancien Régime et ses rigueurs, l'espoir de la Révolution Française de 1789, les excès de la terreur de 1793...., la Franc-Maçonnerie semble être le conservatoire de l'Idéal des Lumières, et Napoléon le moyen inattendu de réaliser paradoxalement cette République universelle qui se veut désormais impériale... Bien entendu l'Empereur n'est point une marionnette manipulée par les loges, cela serait plutôt l'inverse, mais il semble bien que depuis le haut dignitaire jusqu'au humble frère du 1er de ligne, la maçonnerie et concrétisation de ses idées se veut désormais opérative, on renverse les tyrans du monde et on bâtit un nouvel ordre mondial, car c'est bien de cela qu'il s'agit.  Paris se veut le centre de ce Nouvel Ordre, capitale d'Empire, la ville doit rivaliser avec l'ancienne Rome, des plans grandioses sont élaborés qui verront leur ultime achèvement avec le Baron Haussmann sous l'autre Napoléon, le IIIeme,  dit le Petit comme le nommait Victor Hugo.

 

a) La Grande Armée:

 

Le phénomène des loges militaires, déjà présente sous l'Ancien Régime, s'amplifie à la fin du XVIIIe siècle. La loge des Vrais Amis Réunis est fondée pendant la campagne d'Egypte; en 1799, la 42ème demi-brigade et la 13ème légère demandent au Grand Orient de France la constitution de deux Ateliers sous les titres distinctifs de L'Union Militaire et de l'Egalité Triomphante. En 1800, c'est la 60ème demi-brigade qui met en place la loge Les Amis Réunis de la Victoire, alors que la 92ème crée La Parfaite Union. Et ainsi de suite dans un mouvement s'accélérant, jamais dans l'histoire une armée n'aura crée autant de loges, cela reste du jamais vu en Europe continentale, seule l'Angleterre connaîtra des loges militaires de ce type dans un semblable mouvement d'émulation. Un grand nombre de militaires français sont alors affiliés à l'Ordre maçonnique dans ses différentes branches, unifiées de par la volonté de l'Empereur. Un soldat anonyme témoigne je cite : "... les officiers de la Grande Armée avaient mis la franc-maçonnerie à la mode et certains régiments, du colonel au plus jeune lieutenant, étaient à peu près entièrement francs-maçons."

Octave Levavasseur, officier au 2e d'artillerie à cheval, futur aide de camp d'un autre frère; le Maréchal Ney raconte : "à mon entrée au régiment, on m'avait demandé si j'étais franc-maçon. Presque tous mes camarades étaient pourvus de grades dans l'institution; les jeunes officiers s'empressaient de se faire recevoir, ils subissaient des épreuves très rigoureuses, dont le récit fait souvent les frais de nos conversations à table. Comme le but réel de la Franc-Maçonnerie était caché aux nouveaux initiés et qu'aucun n'était indiqué, seul, peut-être, de tous les officiers du régiment, j'avais cru devoir m'abstenir; je narguais même mes camarades au point que si j'eusse voulu me faire recevoir j'aurais été signalé au corps entier et soumis à des épreuves redoutables. La Franc-Maçonnerie n'était pourtant pas sans utilité. On sait que les rois et les princes, ne pouvant détruire cette organisation puissante, avaient pris le parti de s'y faire affilier ainsi que leur famille. A l'armée, la promesse de se porter assistance et secours devenait très utile à l'occasion; entre ennemis mêmes, on fraternisait. La franc-maçonnerie était vivement poursuivie par les inquisiteurs espagnols, qui ne parvinrent jamais à la détruire entièrement. Elle existait aussi en Portugal avec plus de développement."

Fin de citation.

A cette époque la Franc-Maçonnerie est très développée dans les armées européennes, l'influence du Siècle des Lumières et de la République des Lettres chère à Casanova est encore très vivace. De nos jours on y voit une raison plus pratique et moins philosophique, concernant cette présence de l'Ordre maçonnique au sein des armées occidentales en général et de la Grande Armée en particulier : elle aurait eu le rôle d'une assurance humanitaire, lorsque l'on était blessé ou fait prisonnier. La Franc-Maçonnerie militaire aurait ce rôle d'assurance tous risques, si l'on en croit un spécialiste de l'armée napoléonienne, Alain Pigeard docteur en histoire et lauréat de l'Institut. Mais est-ce bien la, la seule raison? De nos jours en France les loges militaires ont disparues, on parle encore d'une loge militaire qui existerait au Grand Orient de France. Nos frères militaires ne viennent pas chez nous pour recevoir une assurance tous risques, la chose est claire. Dans le monde anglo-saxon, existe encore de nombreuses loges militaire, que cela soit chez les Britanniques où les Américains. Pendant la deuxième guerre mondiale, il y avait de nombreuses loges militaires présentes sur tous les théâtres d'opération. Au risque de contrer un docteur en histoire, nous pensons que l'engagement des militaires dans la Maçonnerie d'Empire était tout autre, de nature avant tout idéaliste et osons le mot Républicaine malgré un régime impérial : celui de répandre les idées des Lumières et des Encyclopédistes dans les pays libérés de la tyrannie. La Grande Armée présente à ce titre une analogie, étrange, l'histoire se répète dit-on, avec l'organisation de l'Armée impériale romaine à partir d'Auguste. Les légionnaires romains étaient à l'instar des soldats de la Grande Armée membres de différentes confréries initiatiques, dont l'idéal était d'apporter la civilisation romaine en territoire conquis, par la construction immédiate de villes, en traçant toujours de manière ésotérico-religieuse les fameux cardo et décumanus qui donnaient vie à une cité.

 

Notre Grande Armée se sent également animée d'une mission civilisatrice, celle de répandre partout la Liberté fusse au prix du sang versé et des régimes bousculés, même si l'Idéal aussi noble soit-il se heurte tragiquement aux particularismes nationaux et religieux comme en Espagne, où la politique généreuse se transforme vite en répression féroce.

 

Concernant les Maréchaux de cette Grande Armée, pas moins de 18 sur 26 sont Francs-Maçons, tous engagés et membres actifs de leur loge, ce qui est tout à leur honneur étant donné leur occupation d'alors qui étaient énormes. Un exemple à suivre pour certains frères politiciens qui manquent bien souvent leur tenue, pour raison d'agenda, alors que des Ney ou des Lannes étaient actifs malgré un travail considérable, mais c'est une autre époque il est vrai.

 

Afin d'éviter une énumération fastidieuse, vous trouverez la liste des Maréchaux francs-maçons dans les documents annexes à ce travail, que nous avons distribué.

 

A Paris le nombre des loges est de 96, la plus célèbre étant la Loge Saint Napoléon, dont Lacépède, grand chancelier de la Légion d'honneur est Vénérable Maître. Outre ce personnage emblématique du régime impérial, nous trouvons un véritable gotha napoléonien sur les colonnes, citons : les maréchaux Brune, Masséna, Kellermann qui était qualifié par l'Empereur comme l'incarnation du dieu Mars sur le champ de bataille, le vice-amiral Ganteaume, les généraux Devaux de Saint-Maurice, Gardane, Loison, Miollis, Quantin, Radet, Roize et Valence. Cette Loge Saint Napoléon était pour les militaires ce qu'était la Loge des 9 sœurs pour les intellectuels.

 

 

Notons qu'il existe également deux loges regroupant les membres de deux grandes administrations impériales. Il s'agit de la Loge des Amis Eprouvés recrutant parmi les fonctionnaires du ministère de la Guerre et la Loge de l'Océan français parmi ceux du ministère de la Marine. Preuve s'il en est que la Maçonnerie n'est pas ici Eglise de la République, mais Temple de l'Empire... à un degré tel qu'à la chute de l'Aigle, la Franc-Maçonnerie française connaîtra quelques soucis du fait de la présence d'un nombre considérable de fidèles à Napoléon.

 

La Garde Impériale possède aussi sa propre loge qui répond au doux nom de La Rose Etoilée. Dans les régiments, la maçonnerie est omniprésente et fort active, les officiers maçons sont des capitaines, des lieutenants et sous-lieutenants. On dénombre au début de l'Empire 42 loges pour 90 régiments d'infanterie de ligne et 18 loges pour 26 régiments d'infanterie légère, ce qui est considérable, rarement armée n'a été aussi "maçonnisée" si je peux me permettre l'expression.

Il faut ajouter à toute cette présence maçonnique militaire, dans une des périodes les plus brillantes de l'histoire stratégique et tactique du monde, dont notre pays fut le fleuron, un mal ou un bien je ne jugerais pas, à chacun de se forger son opinion, l'existence de 45 loges de prisonniers français en Espagne et en Angleterre. C'est un chiffre important qui démontre bien la forte implantation de la Maçonnerie au sein de la Grande Armée.

 

Quelques chiffres...

En 1805, le 54ème d'infanterie de ligne compte 44% de maçons; le 64e compte 40,8%; le 35e, 40%; le 21e, 33,3%; le 106e, 29%. Le pourcentage minimum est de 7,3%, le maximum de 44% et la moyenne avoisine 24%. Mais ces chiffres n'ont de significations que replacés dans les contextes, j'ai donné ces ordres de grandeur pour simple information, afin d'avoir une idée sur l'implantation maçonnique dans l'armée.

Lors des batailles ou dans des situations délicates, la Fraternité maçonnique est bien réelle, entre différents belligérants, et c'est à tout l'honneur de la maçonnerie, d'avoir réussie à insuffler un peu d'humanisme individuel dans un univers régi par les lois de la guerre. Les exemples sont nombreux, citons celui du grenadier hollandais Scheltens qui combat dans les rangs des coalisés à Waterloo, je cite : "J'ai protégé deux officiers français dans cette débâcle. Ils m'avaient fait le signe maçonnique, je les ai fait conduire hors des lignes, sur les derrières." Ce même Scheltens explique qu'il s'est trouvé en loge avec les princes Guillaume et Frédéric

des Pays-Bas, avec le duc de Saxe-Weimar, avec nombre d'ecclésiastiques. Que grâce à la Maçonnerie, il a trouvé des amis jusque dans le champ de bataille, et que son affiliation lui avait permis de ne pas sombrer dans la misère, lui procurant bien souvent un morceau de pain, une paire de soulier ou une chemise... Dans l'autre camp la maçonnerie fait déjà œuvre d'association philanthropique...

 

 

 

b- La Laïcité à l'impériale :

 

Sur le plan spirituel les frères maçons et les profanes de la Grande Armée sont de tendance athée, mais aussi croyants, comme ces soldats français qui au camp de Boulogne le 26 messidor an XII (15 Juillet 1804) se rendent à l'office religieux. Napoléon Ier à su véritablement fédéré croyants et incroyants autour du régime, on est alors loin de l'affaire des fiches. Sa conception de la religion dans un état est visionnaire, elle est à la fois très libérale et profondément laïque malgré le fameux concordat, je cite l'Empereur : "Mon système était de n'avoir point de religion prédominante, mais de tolérer tous les cultes; je voulais que chacun crût et pensât à sa manière, et que tous les hommes, protestants catholiques, mahométans, déistes, etc. fussent égaux; de sorte que la religion ne put avoir aucune influence sur l'occupation des emplois du gouvernement...sur la fortune publique... qu'elle ne pût contribuer à les faire accueillir ou repousser par un solliciteur et que, pour donner un emploi à un homme, on ne pût faire aucune objection fondée sur sa croyance, pourvu que d'ailleurs il est capable." Ce discours est étonnamment d'actualité, en un monde au proie à l'obscurantisme religieux. La fête la plus populaire au sein des frères de l'armée et des profanes, est la Saint-Napoléon, célébrée le 15 Août, date anniversaire de la naissance de l'Empereur.

 

Cette fête est un étrange syncrétisme entre culte de la personnalité, symbolique maçonnique, et religion catholique, dans l'esprit des humbles, le culte marial se mélange confusément aux honneurs rendu à l'Empereur. Le 15 Août étant la fête traditionnelle de la Vierge Marie, qui était célébrée sous l'Ancien Régime avec faste. Il faut signaler que contrairement à un exemple récent d'une dictature venant de tomber sous les coups d'un autre Empire, où le culte de la personnalité était omniprésent mais imposé par la répression. La fête de Napoléon était célébrée de plein grès et avec enthousiasme, même après l'exil de l'Empereur, voulu par les Anglais qui craignaient toujours l'influence charismatique de Napoléon, des gens, maçons compris, célébraient chez eux le culte impérial au nez et à la barbe des autorités royales de la Restauration. Cette tradition s'éteindra avec la génération qu'avait connue l'Empereur.

 

 

 

 

c - Napoléon et le Judaïsme:

 

La position de l'Empereur envers les communauté juives d'Europe est des plus bienveillantes. Il souhaite que chaque citoyen puisse jouir de la liberté de culte, il rouvre donc les églises catholiques fermées depuis des années, et accorde la liberté de culte aux Juifs et aux protestants. Napoléon décide que les pasteurs protestants recevraient un salaire d'Etat.

 

Le premier contact de Napoléon avec la communauté juive eut lieu le 9 Février 1797 durant la campagne d'Italie. Lorsque l'armée entre à Ancône, il constate que les Juifs vivent dans un ghetto insalubre, bouclé la nuit. Qu'on les oblige à porter des bonnets jaunes ridicules et des brassards avec l'étoile de David. Bonaparte outré ordonne immédiatement le retrait de ces marques d'infamie, et donna des ordres pour que désormais ils puissent habiter où ils veulent et pratiquer librement. Il devait libérer également les ghettos de Rome, Venise, Véronne et Padoue. Bonaparte devenu Napoléon Ier abolit les lois de l'inquisition, les Juifs étaient libre dans l'Empire.

 

 

Il faut signaler au passage que le 12 Juin 1798, lorsque la marine française s'empare de Malte, Napoléon est surpris d'apprendre que les Chevaliers de Malte, qui bénéficie pourtant d'un certain prestige, interdisent aux Juifs de pratiquer, de se réunir, pire, ils subissent des humiliations graves et sont traités et vendus aux arabes comme des esclaves sans pitié. Napoléon ici aussi rétabli la Liberté, et mets les bons chevaliers au pas. L'aigle à enserré la croix blanche de malte, souillée par l'hypocrisie.

 

Enfin contrairement à ce qui est affirmé quelquefois, Napoléon souhaitait bâtir un Etat Juif en palestine, c'est la proclammation du 1er floréal an VII (20 avril 1799) appelant les Juifs à créer un état, vous trouverez ce texte dans les documents annexes. Sans l'échec devant Acre, Napoléon aurait crée l'Etat d'Israël, et le peuple Juif n'aurait pas attendu 150 ans avant de retrouver un état indépendant.

 

Ces faits méconnus ont eu également un grand retentissement à l'époque, dans les loges maçonniques françaises, où l'Empereur est salué comme le restaurateur des religions, et le garant de la liberté des cultes.

 

Puisque à l'origine mon travail devait porter sur le Temple de Salomon, citons cette déclaration de l'Empereur, le 16 août 1800 "Si je gouvernais une nation juive, je rétablirais le temple de Salomon". Bel idéal éclairé d'un soucis de justice envers toutes les religions. Ces actions de Napoléon eurent un retentissement chez les Juifs de l'époque, certains n'hésitèrent pas à voir en lui le Messie d'Israël, bien qu'il n'était point Juif.

 

 

 

d - Napoléon et l'esclavage:

 

Voici le point obscur du régime impérial, qui l'entache, et qui fait porter un jugement sévère sur Napoléon, par beaucoup de gens, au détriment du reste.   

Pendant que Napoléon volait de victoire en victoire, et jetait les bases de la France moderne. A Haïti, à 7000 km de la France impériale, Toussaint Louverture, général en chef des armées françaises, nommée par ma République, était traîtreusement arrêté par le général Leclerc, beau-frère de Napoléon et époux de sa sœur, la magnifique Caroline Bonaparte. Le malheureux Toussaint fut déporté dans le Haut Jura où il mourut de froid semble-t-il. Mais Haïti n'accepte pas ce joug, se révolte, bat l'armée de 20 000 hommes du général Leclerc et proclame la première république noire le 1er Janvier 1804.

 

Pourquoi Napoléon n'a-t-il pas appliqué le décret d'abolition de l'esclavage? Etait-il raciste? de nombreux témoignages porte à croire que non. En fait la solution de ce problème est politique. A l'époque Haïti subi un blocus de la flotte anglaise et est attaqué régulièrement par les flottes espagnoles. L'entourage de Napoléon soupçonne les citoyens noirs des Iles de vouloir se rallier à l'Angleterre, profitant de l'éloignement de ces colonies. Mais l'explication réelle est des plus prosaïques, Napoléon aurait eut la pression des créoles et de sa femme Joséphine, qu'il écoutait souvent dans un amour aveugle. On a aussi beaucoup dit qu'entre Alexandre Dumas et Napoléon existait une antinomie, cela est faux. Les deux hommes s'appréciaient, ils firent campagne ensemble en Italie et en Egypte. Alexandre Dumas fut capturé par les autrichiens, et Napoléon l'échangea contre le général Mack, grand stratège autrichien. Preuve de l'amitié qui unissait les deux hommes Certes cela n'empêchera pas Napoléon de limoger les officiers et sous-officiers noirs de son armée, décision qu'il regrettera amèrement, confidence faite à Las Cases.

 Mais un autre acte presque méconnu vient redorer l'Aigle impérial. Pendant les 100 jours, la première mesure que va prendre Napoléon est l'abolition de la traite des noirs, qui sera rétablie par la Restauration monarchique. Il a donc réparé en partie la plus grosse erreur qu'il ait fait aux yeux de l'histoire.

III - NAPOLEON UNIFICATEUR DE LA MACONNERIE

 

a - Le concordat des maçons écossais et français à la gloire et sous les auspices de Sa Majesté Impériale Napoléon Ier:

 

Qui n'a pas entendu parler de la chimérique Grande Loge Unie de France qui aurait regroupé toutes les obédiences françaises. De temps à autre on parle d'union des obédiences, mais le plus souvent nous assistons à des déchirements fraternels. Le seul homme qui ait réussi à réunir les francs-maçons fut Napoléon Ier, sans toutefois causer des remous parmi les tenants de la liberté absolue. Le désir de rapprochement du Supême Conseil, de la Grande Loge Générale Ecossaise et du Grand Orient de France était en vérité un ordre. Les Ecossais devaient rejoindre le Grand Orient et le Grand Orient accepter les Ecossais. Alors maçons du Rite Français et maçons Ecossais se retrouvaient, pour le temps du règne, au sein d'un organisation unique, avec des dignitaires choisis, ou acceptés par les deux tendances maçonniques. Les plus grands noms de l'Empire présidaient alors aux destinées de la Maçonnerie française, à l'instar du Royaume britannique où les pairs du Royaume, roi en tête, présidaient la Maçonnerie anglo-saxonne. Ce concordat entre maçons écossais et français ne durera pas bien longtemps, puisqu'en 1805 il est dénoncé et rompu. Cette union n'aura durée qu'une année. Mais le pouvoir garde le contrôle de l'institution maçonnique.

b - Petit exemple de la vie quotidienne des ff.°. sous les ailes de l'Aigle:

 

La vie quotidienne des loges est peu connue à cette époque, nous savons qu'il s'y déclame de nombreux poèmes à la gloire de l'Empereur, et l'on s'y occupe de rituélie. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu'il n'y ait pas eue une activité intellectuelle, nous manquons dans ce domaine de documents et ne disposons que de témoignages éparses, qui ne reflètent que le vécu de leur auteur. La Maçonnerie sert de tremplin d'intégration dans toute l'Europe pour les Français, et gageons qu'il y a eu du bien avoir des questions politiques traitées dans les loges, même s'il c'est dans un seul sens de pensée. Les archives disparues de ces loges d'Empire pourraient nous éclairer un peu plus sur la politique d'alors, et de la nature des débats qui s'y déroulaient.

 

Une série de petits ouvrages Annales Maçonniques dédiées à son Altesse Sérénissime le Prince Cambacérès Archi-Chancelier de l'Empire et Grand Maître de l'Ordre Maçonnique en France, rédigé par Caillot Rose-Croix, en VII tomes publié de 5807 à 5809. Le tome I commence par cette superbe introduction appelée "coup d'œil sur les anciennes initiations". je cite un extrait :

 

- Les Initiations tiennent un rang distingué dans l'ordre auguste de la Maçonnerie. Elles en caractérisent l'antiquité et la sublimité. Elles entretiennent la ferveur primitive. Elles garantissent la durée. Les initiations étaient pratiquées chez les anciens peuples, nos maîtres dans l'exercice des vertus civiles et morales. Les grecs les puisèrent chez les Egyptiens. Les Romains les empruntèrent des Grecs. Cet antique et riche patrimoine est depuis devenu notre héritage, et un des précieux apanages de la Franc-Maçonnerie. L'Egypte, dans la carte du monde connu, est encore marquée comme le berceau des connaissances humaines. Ah! sans doute, un jour des relations plus étendues chez les peuples de l'Inde, de la Chine, pourront enlever aux enfants du Nil le sceptre d'antiquité et de priorité dans les sciences et les arts que les annales historiques leur assignent encore.

 

Plus loin on trouve l'évocation du Grand Architecte de l'Univers en ces termes :

 

- En effet, on y rendait un culte secret à l'être bienfaisant, auteur du grand tout, essence suprême de la sagesse et de l'ordre universel que nous qualifions le G.°.A.°. de l'U.°.

 

Nous devons cette introduction au Frère Caignart de Mailly.

Cet ouvrage nous rapporte qu'il y avait lors des tenues solennelles un serment de fidélité à l'Empereur qui se terminé par l'acclamation "nous le jurons, et des cris spontanés répétés plusieurs fois sous l'enthousiasme de "Vive l'Empereur, le sauveur et le libérateur de la France."

 

Dans les banquets d'alors la santé était porté à Sa Majesté l'Empereur, celle de l'Impératrice et de la famille Impériale et Royale. Il existait également une fête dite onomastique, consacré au réveil de la Nature, replongeant la maçonnerie dans d'antiques coutumes. Le tome II en donne le détail, la cérémonie se passe à Milan dans la R.°.L°. Ecoss.°. Royale Joséphine. Au cours de cette fête, la lumière fut donnée à plusieurs aspirants maçons. Les fastes mis en œuvre pour cette fête et cette initiation furent grandioses. On parle de sac aux propositions, mais de tronc des pauvres.  La quête donnera 112 livres versé pour une femme octogénaire et 1800 livres en faveur de la commune de Vezza ravagée par un incendie. L'activité philanthropique des loges impériales est alors importante.

 

Une planche s'ensuivit sur les plus grands mystères de la résurrection de la nature. Finalement mis à part la période, rien ne semble distinguer les travaux de cet atelier Royal Joséphine d'une loge contemporaine symbolique. Nous  y trouvons la structure Cérémonie, planche, agape. De nos jours de nombreuses loges participe à des études symboliques, sans pour autant qu'elles soient accusées d'être à la botte de Napoléon! Ce n'est point parce qu'il n'y a pas de débat politique qu'une loge est morte, cela fait parti des Landmarks des Constitutions d'Anderson où il est précisé qu'il ne doit y avoir aucune discussion touchant la religion ou la politique.

 

Concernant les décors utilisés pour cette cérémonie onomastique, figure sur une estrade un bélier, symbolisant le mois de Mars, par conséquent le sacrifice de la bête symbolique lorsque le soleil entre dans ce signe, d'après l'astrologie mais point l'astronomie. Au-dessus du Bélier, des rameaux d'un arbuste vert, d'où pendaient 12 pommes d'or. Sur une table était disposé 4 statues figurant les 4 saisons, et deux rangs de colonnes diminuant progressivement de l'occ.°. à l'o.°. soutenant une chaîne de fleurs légèrement entrelacée. Ce décorum fait penser à une véritable cérémonie d'inspiration chamanique anglaise, qu'ils nomment le Witch, ou encore nous renvoie aux temps antiques.

 

Voici un cours extrait de ce rituel particulier, vécu sous l'Empire napoléonien :

 

D.°. Quel est le plus grand œuvre qu'ait fait le G.°.Arch.°. de l'U.°.?

R.°. La Lumière , qui fut faite au moyen de la parole; et la parole est l'arme et le symbole de la Sagesse et de notre Art Royal.

D.°. A quelle époque sommes-nous?

R.°. Au 19e j.°. du 1er m.°. de l'an de la V.°.L.°. 5807, temps où le soleil approche du point dans lequel touchant le Zodiaque et l'Equateur se forme la C.°. (Note : calendrier hébreu luni-solaire, l'année commence par Mars)

D.°. Quel effet produit le soleil en passant par le Zodiaque?

R.°. L'arbre de vie et les douze fruits du bien et du mal.

D.°. Quel est l'élément qui ranime cet arbre mystérieux et mûrit les fruits du bien?

R.°. Le sang du Taureau.

Il est dit qu'ensuite les Surveillants se lèvent et annoncent que les instruments des sacrificateurs sont disposer pour immoler la victime. Les FF.°. Experts annoncent que le Soleil est prêt à sortir de son tombeau pour passer de l'empire des ténèbres et de la mort à celui de la lumière et de la vie. L'invocation qui préside cette cérémonie est "Au nom du G.°.Arch.°. de l'U.°. en vertu de l'éternelle loi de la nature, et au progrès de la raison qui émane de l'un et combine les autres, annonce le couronnement du plus grand mystère de la lumière."

 

Le F.°. Terrible, assisté des autres sacrificateurs, prend l'épée suspendue sur l'autel, perce le Bélier, et fait recueillir le sang et les membres coupés. On distribue ces restes au Vénérable et aux Surv.°., à ce moment on charge les canons et déploie les bannières, les tambours militaires battent la cadence , les travaux se raniment avec la plus vive force, en applaudissant au G.°.A.°. de L'U.°., à la propagation de la V.°.L.°. et à la prospérité  de la L.°. et de l'Ordre.



07/05/2006
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