Extrait d'une conférence de Sir Fred Hoyle, la place de l'homme dans l'univers en expansion - 1951
Voici un extrait du remarquable ouvrage de l'astrophysicien britannique Fred Hoyle
EN EXPANSION
(extrait)
Sir Fred Hoyle
Au risque d'être accusé de me répéter trop souvent, j'aimerais commencer par quelques remarques au sujet de mes causeries précédentes. Une des choses que j'ai essayé de faire c'est de diviser notre étude de l'Univers en parties distinctes. Nous avons commencé par le Soleil et notre système de planètes. Pour avoir une idée des dimensions de ce système solaire dans lequel le Soleil était représenté par une boule d'environ
Grand nombre des autres galaxies
Ce soir nous allons pénétrer dans les profondeurs de l'espace, bien au-delà des confins de notre propre Galaxie. Contemplez le ciel par une nuit claire ; si vous désirez avoir un spectacle vraiment impressionnant, contemplez-le du flanc d'une montagne escarpée ou à bord d'un navire en mer. Comme je l'ai déjà dit, en regardant n'importe quelle partie du ciel éloignée de
Bien que beaucoup de ces autres galaxies diffèrent de la nôtre, il est important de savoir que certaines sont en réalité très semblables à notre Galaxie même dans les plus petits détails. Par un heureux hasard, l'une des plus proches, située seulement à 700.000 années-lumière de nous, semble pratiquement la sœur jumelle de notre Galaxie. Vous pouvez la voir vous-même en regardant la constellation d'Andromède. A l'œil nu elle apparaît sous la forme d'une tache confuse mais, vue à travers un puissant télescope, elle se révèle comme l'un des objets astronomiques les plus impressionnants. Sur une bonne photographie on peut distinguer aisément les endroits où se trouvent les grands nuages de poussière. Ce sont justement ces sortes de nuages qui produisent dans notre Galaxie le brouillard gênant que j'ai mentionné dans mes précédentes causeries, brouillard qui ne nous laisse voir qu'une petite partie de notre Galaxie. Si vous désirez vous faire une idée exacte de notre Galaxie vue de l'extérieur, le mieux est d'étudier celle d'Andromède. En vérité, je crois qu'en de nombreux endroits il y a des créatures vivantes qui regardent notre Galaxie à travers l'espace, et qui contemplent le même spectacle que nous quand nous regardons leur galaxie.
Si j'avais le temps, je pourrais dire beaucoup de choses sur les propriétés de toutes ces galaxies : comment elles tournent en rond comme la notre ; pourquoi leurs étoiles les plus brillantes sont des supergéantes tout comme celle de notre Galaxie ; et pourquoi on trouve de superbes dessins en spirales dans celles où les super-géantes sont communes. Une question qui m'intéresse beaucoup c'est de savoir si ces spires ont un rapport avec le processus de creusement de tunnels que j'ai décrit précédemment. En effet il y a des travaux de Mayall et Wyse, du Laboratoire Lick, qui en sont arrivés à conclure que
Nous pouvons trouver aussi dans ces autres galaxies des étoiles explosives : en particulier le ssupernovae sont si brillantes qu'on peut les voir même quand elles sont très éloignées. Or, l'existence de supernovae dans les autres galaxies nous amène à certaines conclusions intéressant notre cosmologie. J'ai décrit précédemment la façon dont les systèmes planétaires semblables à notre système solaire ont été crées, en précisant que l'explosion d'une supernova était la condition essentielle à cette création. D'où nous concluons que, puisqu'il y a des supernovae dans les autres galaxies, il doit aussi y avoir des systèmes planétaires tout comme dans la nôtre. D'autre part, en observant ces autres galaxies, nous avons une idée bien plus nette de la fréquence de production des supernovae que celle qui nous est donnée par l'observation de notre seule Galaxie. Une étude générale faite par les observateurs américains Baade et Zwicky a montré qu'en moyenne il se produit une explosion de supernova tous les quatre ou cinq cent ans dans chaque galaxie. Donc, si vous vous rappelez la démonstration que j'ai faite récemment, vous voyez qu'en moyenne chaque galaxie doit contenir 1.000.000 de systèmes planétaires. Combien y-a-t-il de ces gigantesques galaxies ? L'espace en est jonché aussi loin que nous puissants télescopes nous permettent de les voir. Espacée en moyenne de plus de 1.000.000 d'années-lumière entre elles, elles continuent à s'étendre jusqu'à la distance fantastique de 1.000.000.000 d'années-lumière. Nos télescopes ne pouvant pas atteindre au-delà de cette limite, nous ne pouvons pas être absolument certains qu'il y ait d'autres galaxies encore plus loin dans l'espace, mais nous en sommes entièrement persuadés. L'une des questions que nous aurons à considérer plus tard est la suivante : Qu'y a-t-il au-delà de la limite de perception de nos plus puissants télescopes ?
Mais, même dans notre champ d'observation, il y a environ 100.000.000 de galaxies. A raison de 1.000.000 d système planétaires par galaxie, le total pour toutes les galaxies visibles de l'univers se situe autour d'une centaine de millions de millions. Personnellement je me demande si, quelque part parmi ces galaxies, il y a une équipe de cricket, capable de battre les Australiens.
…
UNE VUE PERSONNELLE
J’en arrive maintenant à la question qui n’a pas cessé de nous guetter depuis le début de ces causeries : quelle est la place de l’homme dans l’Univers ? J’aimerais aborder cette importante question en examinant le point de vue des matérialistes cent pour cent. L’attrait de leur argument vient de sa simplicité. L’Univers est là, disent-ils : considérons-le comme admis. Ensuite,
Ces créatures ne sont rien d’autre que des machines ingénieuses qui se sont développées comme d’étranges sous-produits dans un coin de l’Univers. Cette théorie matérialiste conclut qu’il n’existe pas de relation importante entre ces machines et l’Univers entier, et ceci explique pourquoi toutes les tentatives faites par les machines elles-mêmes pour établir une telle relation ont échoué.
Beaucoup de gens s’élèvent contre cette théorie pour la mauvaise raison qu’il leur déplaît d’être considérés comme des machines. Mais, si nous la prenons telle qu’elle se présente, je n’y vois qu’un seul point susceptible d’être réfuté : c’est sa prétention à la simplicité. Le point de vue des matérialistes n’est pas simple, il est en réalité très compliqué. Par exemple, je voudrais bien que les matérialistes nous expliquent comment la conscience s’est développée dans la machine humaine, comment votre conscience et la mienne peuvent cadrer avec l’idée de machine. Je peux concevoir qu’une sorte de machine robot puisse être produite par les processus biologiques normaux, mais comment s’est produite une machine qui peut méditer sur elle-même et l’Univers tout entier ? A quel stade de l’évolution des créatures vivantes a surgi la conscience individuelle ? Je ne dis pas qu’il soit impossible de répondre à ces questions, mais j’affirme qu’il sera bien difficile de leur trouver une réponse.
Mais tout ceci est sans importance par rapport à ce qui me semble être la vraie objection au point de vue matérialiste. Son apparente simplicité résulte seulement du fait qu’il admet sans discussion l’existence de l’Univers. Pour ma part, il y a un grand nombre de choses au sujet de l’Univers que j’aimerais savoir. Pourquoi l’Univers est-il tel qu’il est et non quelque chose d’autre ? Pourquoi l’Univers existe-t-il ? Il est vrai qu’à présent nous n’avons aucun fil conducteur nous permettant de répondre à de telles questions, et il se peut que les matérialistes aient raison quand ils disent qu’elles n’ont aucun sens.
Mais, tout au long de l’histoire de la science, des gens ont affirmé que telle ou telle question échappait à toute recherche raisonnée et, chaque fois, les événements leur ont donné tort. Il y a deux mille ans, on aurait cru impossible d’effectuer une enquête sur la nature de l’Univers aussi vaste que celle que je vous ai exposée. Et j’ose dire que vous-mêmes, il n’y a pas si longtemps, vous auriez prétendu qu’il était impossible de rien apprendre sur la façon dont l’Univers fut crée. Toute expérience nous enseigne que, jusqu’à présent, personne n’a jamais posé trop de questions. Comment pourrions-nous accepter l’argument des matérialistes alors que l’essentiel de leur jeu consiste à jeter l’éponge ?
Et maintenant j’aimerais dire quelques mots au sujet des croyances religieuses contemporaines. Il n’y a pas mal de cosmologie dans
Certes non. En vérité, il me semble que la religion n’est qu’une tentative aveugle de trouver une échappatoire à la situation vraiment terrifiante dans laquelle nous nous trouvons. Nous sommes dans un Univers fantastique, où presque rien ne nous prouve que notre existence ait un sens. Par suite, il n’est pas surprenant que beaucoup de gens aient besoin d’une croyance qui leur donne un sentiment de sécurité ; et il n’est pas non plus surprenant qu’ils s’irritent contre ceux qui, comme moi, leur disent que cette sécurité est illusoire. Mais notre situation me déplaît tout autant qu’à eux. La différence réside dans le fait que je ne vois pas comment j’obtiendrais le moindre avantage en m’abusant. Nous sommes dans la situation d’un homme qui occupe une position très critique sur une montagne à pic. Un matérialiste ressemble à celui qui se cramponne au rocher en criant : « Je suis en sécurité ! » Le croyant ressemble à celui qui, adoptant l’attitude opposée, se hâte de prendre le premier sentier qui offre un infime espoir de fuite, sans prêter la moindre attention aux précipices béants qui s’ouvrent au-dessous de lui.
J’illustrerai tout ceci en disant que ce que je pense au sujet de la question qui est peut-être a plus impénétrable de toute : Est-ce que notre esprit continue à exister après la mort ? Pour faire le moindre progrès à ce sujet, il est nécessaire de comprendre ce qu’est notre esprit. Si nous le savions exactement, alors je suis certain que nous arriverions bientôt à obtenir une réponse satisfaisante. Mais, actuellement, nous n’avons que de très vagues idées à ce sujet. Une chose semble cependant claire c’est que l’esprit, s’il existe au sens religieux du terme, doit avoir des connexions physiques. Autrement dit, si ce quelque chose que nous appelons esprit survit après la mort, il doit pouvoir être décelé physiquement. La physiologie moderne e la religion semblent s’accorder sur ce point. A la fin du Messie de Haendel, on trouve la phrase suivante (je cite de mémoire) : « Bien que je meure, je verrais Dieu dans ma chair. » Notez bien les mots « dans ma chair ». De toute façon, la survivance après la mort serait inconcevable sans une interaction avec le monde physique. D’ailleurs, si l’esprit n’avait aucune connexion physique, comment se fait-il qu’il soit si intimement lié à notre corps ?
Voici donc une manière positive d’aborder le problème : Quand une personne meurt, y-a-t-il une survivance d’un esprit physiquement décelable ? Il sera certainement possible un jour de répondre à cette question. Certains diront qu’une telle survivance aurait été décelée si elle existait. Mais je crois que rien ne confirme cette opinion. Car, s’il ne s’était pas trouvé que nous vivions près d’une très grosse masse,
Peut-être vaut-il mieux que je termine en disant comment j’arrangerais les choses si j’avais la possibilité de le faire. Il me semble que la plus grande leçon de vie de l’adulte, c’est que notre propre conscience n’est pas suffisante. Lequel d’entre nous n’aimerait pas partager la conscience d’une demi-douzaine d’individus choisis ? Quel écrivain n’aimerait pas partager la conscience de Shakespeare ? Quel musicien, celle de Beethoven ou de Mozart ? Quel mathématicien, celle de Gauss ? Ce que je choisirais serait une évolution de la vie grâce à laquelle l’essence de chacun de nous se retrouverait amalgamée dans une structure plus puissante et beaucoup plus vaste. J’estime qu’une évolution dynamique de ce genre serait plus en accord avec la majesté de l’Univers physique, que l’image statique offerte par la religion officielle.
Y a-t-il la moindre chance que cette idée soit juste ? Ma réponse sera la suivante : S’il existe un résultat important qui découle de notre enquête sur la nature de l’Univers, c’est bien celui-ci : quand grâce à une patiente recherche nous trouvons la solution d’un problème quelconque, nous constatons toujours que, dans l’ensemble comme dans les détails, la réponse ainsi obtenue est plus belle dans sa conception et dans sa facture que tout ce que nous aurions obtenu grâce à une conjecture faite au hasard. Je suis persuadé qu’il en ira de même pour les problèmes plus graves que nous venons de discuter. J’estime que toutes nos hypothèses actuelles se révéleront comme un très pâle reflet de la réalité ; et c’est sur cette note que je dois maintenant finir. Il n’est peut-être pas de trait distinctif de notre existence plus majestueux que celui-ci : alors que notre intelligence est assez puissante pour pénétrer profondément dans l’évolution de notre incroyable Univers, nous n’avons toujours pas le moindre indice qui nous éclaire sur notre propre destinée.