Le procès des templiers

LE PROCES

 

Les délations visant les templiers ne sont pas différentes des calomnies déjà répandues depuis plus d'un siècle : reniement du Christ ; obligation de cracher sur la Croix lors de la réception ; rites secrets ; cérémonies bizarres et dégoûtantes ; mœurs contre nature ; adoration de la statue d'un démon nommé Baphomet, représenté selon certains comme ayant trois têtes, selon d'autres comme une tête unique, barbue, avec des escarboucles à la place des yeux.

 

La nouveauté réside dans l'attitude de Philippe le Bel, qui convoite les richesses du Temple et vise à la destruction de l'Ordre par n'importe quel moyen. Alors que le roi d'Aragon méprisant de telles accusations, ne fait rien contre les Templiers, le roi de France s'empresse d'introduire des espions dans la place en persuadant le Temple de réintégrer quelques chevaliers qui en avaient été chassés pour des délits de droit commun. Ces hommes perdu d'honneur, en échange de la liberté se vendent au roi, qui peut alors adresser au pape un manifeste, œuvre de Nogaret, dénonçant le Templiers comme « se livrant à des actes d'idolâtrie et à d'horribles débauches ».

 

Comprenant que le moment est venu de tenir ses promesses, mais fort embarrassé par la brutalité de l'attaque et très inquiet des conséquences, Clément V demande à rencontrer Jacques de Molay. Le Grand Maître et les hauts dignitaires qui l'accompagnent n'ont aucune peine à se justifier, mais le pape ne peut moins faire que d'annoncer au roi l'ouverture d'une enquête, confiée à la Sainte Inquisition, c'est-à-dire à l'ordre auquel appartient le confesseur du roi, cet ordre des Dominicains qui jalouse depuis toujours la puissance et la prospérité du Temple, et qui devient ainsi l'arbitre de son destin.

 

Dès le 12 septembre 1307, des mandements sont expédiés dans toutes les provinces aux prévôts et gens d'armes du roi, pour n'être décachetés que dans la nuit du 12 au 13 octobre. A l'aube du vendredi 13, la fantastique rafle de police se déclenche : sous prétexte d'un contrôle comptable (à trois heures du matin !), les officiers royaux envahissent les commanderies et se saisissent des Templiers et de leurs serviteurs. Réveillés en sursaut et désarmés, ils sont conduits sans résistance dans les geôles du roi.

 

A Paris même, Jacques de Molay, qui la veille encore était traité en familier par Philippe le Bel, figure avec cent trente-huit de ses frères parmi les victimes. Il est emprisonné et soumis aussitôt à l'interrogatoire des commissaires de l'Inquisition, cependant que le roi s'installe dans le donjon du Temple et s'empare de tout ce qui s'y trouve, argent, comptes, archives.

 

L'objectif principal semble atteint, mais il reste à déconsidérer aux yeux de tous un Ordre qui n'a jamais cessé d'inspirer crainte et respect et dont les dix-huit à vingt mille membres, répartis dans toute la Chrétienté, sont alliés à presque toute la noblesse d'Europe et demeurent propriétaires de milliers de domaines et de châteaux hors de France. Des lettres sont donc adressées aux souverains étrangers pour les inviter à la même rigueur, mais l'exemple donné en France ne sera pas suivi, sauf en Italie. En outre, le procès vigoureusement conduit ne tarde pas à fournir les résultats attendus : vaincus par la douleur, beaucoup de chevaliers soumis successivement aux supplices de la corde, de l'eau et du feu, avouent la plupart des crimes qui leur sont imputés.

 

Beaucoup meurent pendant ces terribles épreuves. D'autres ont les membres rompus ou les pieds calcinés, comme ce malheureux qui montre au tribunal deux os qui lui sont tombés des talons, sous la violence des charbons ardents.

 

Soumis à toutes sortes de pressions, accablé de désespoir en voyant se dresser contre lui l'Eglise qu'il a servie « de toute son âme et de toutes ses forces » . Jacques de Molay faiblit et passe à quelques aveux publics, dès le 25 octobre, tout en revendiquant le droit d'être jugé du crime d'impiété, non par l'autorité royale mais par le Saint-Père, puisque les Templiers forment un corps religieux dépendant immédiatement du pape et que le roi ne peut porter la main ni sur leurs biens, ni sur leurs personnes.

 

C'est aussi ce que voudrait Clément V, qui le 27 octobre écrit au roi, lui reprochant d'avoir pris sans son consentement de graves initiatives, notamment le recours à la torture, mais n'osant pas réclamer hautement la direction de toute l'affaire, car il sait très bien qu'il est prisonnier et qu'au-dessus du sien il sent un pouvoir plus fort, une volonté vraiment inflexible.

 

Pour sauver la face, il ordonne, par une bulle du 22 novembre 1307, la mise en accusation des membres de l'Ordre dans toute l'Europe, cependant qu'en France même il casse les pouvoirs des Inquisiteurs et se fait remettre les prisonniers. Cette intervention rend espoir aux Templiers et les conduit à dénoncer les barbaries dont ils sont été l'objet, rétractant leurs premiers aveux ainsi que le fait Jacques de Molay, qui s'enhardit jusqu'à proposer d'assurer la défense de son Ordre.

 

Irrité par l'attitude imprévue de Clément V, plus favorable aux Templiers qu'il ne convient, Philippe le Bel fait alors mener une violente campagne pamphlétaire contre le pape, « complice de l'hérésie » et, recherchant l'appui de toutes les classes du royaume, il réunit à Tours, pendant les fêtes de Pâques 1308, une assemblée des états généraux. A l'exception des nobles, solidaires de leur classe, les délégués, rendus craintifs par les menaces de Nogaret, se prononcent pour la condamnation du Temple et accordent au pouvoir le blanc-seing qu'il réclame. Dans la même intention, de nouveaux et difficiles pourparlers s'engagent entre Philippe le Bel et le pape, le roi s'efforçant d'obtenir la caution de l'Eglise, et Clément V usant de toute sa diplomatie pour ne pas s'engager. Chacun cède quelque chose : le pape rend au roi les prisonniers et la direction du procès, mais obtient que le jugement des hauts dignitaires lui soit réservé.

 

Article en construction

 

 

 



15/01/2007
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