Commission Ethnologie et anthropologie des peuples du Livre de Mormon Etat actuel des indiens - 1859

Forêt de Sequoia "des forêts vieilles comme le monde"

 

Commission Ethnologie et anthropologie des peuples du Livre de Mormon

Dans le cadre de l'ethnologie des peuples du Livre de Mormon, nous trouvons qu'il est intéressant d'analyser l'article paru en 1859 dans l'encyclopédie "Le monde histoire de tous les peuples depuis les temps les plus reculés jusqu'a nos jours, sous la direction de M.E. de Lostalot-Bachoué.

Comme nous allons le voir; l'auteur suppose une origine commune aux peuples amérindiens, il nous brosse un portrait contemporain et très intéressant des civilisations indiennes, quoique très pessimiste quant à l'avenir des Indiens avec sens d'un dur réalisme.  voici l'article dans son état brut, ensuite nous passerons à l'analyse.

Etat actuel et sort futur des races indiennes de l'Amérique du Nord :

Pour compléter le tableau des moeurs des Anglo-Américains, il me reste à exposer le sort actuel et l'avenir prochain de la race cuivrée, dont la disparition rapide n'est point un des phénomènes les moins remarquables de la civilisation des Etats-Unis. Lorsque les Européens arrivèrent sur le sol de l'Amérique, ils y trouvèrent des populations nombreuses et quelquefois puissantes. Les indigènes, reste d'une civilisation antique, dont ils avaient, à la vérité, perdu le dogme primitif, (c'est nous qui soulignons cela) avaient cependant conservé des moeurs, des coutumes, des traditions qui, quoique insuffisantes pour les conduire à une organisation sociale plus avancée, avaient assez de puissance encore pour conserver longtemps ces peuples.

Ils n'avaient pas plus, à la vérité, d'activité qui leur fût propre, mais ils conservaient un reste du mouvement des âges antérieurs, comme ces projectiles qui, soustraits à l'influence de la force qui les a lancés, continuent quelque temps leur course à travers l'espace.

Pourvoir à leurs besoins matériels était pour les Indiens l'unique soin de la vie, or ces besoins étaient peu nombreux et il était alors aisé de les satisfaire. Un sol vaste et fertile, entrecoupé de fleuves et de lacs où le poisson abonde, des côtes d'une grande étendue, des forêts vieilles comme le monde, telles étaient leurs ressources pour subvenir aux nécessités de chaque jour.

Outre la culture du maïs et de la pêche, une chasse facile dans le bois ou dans la prairie fournissait abondamment de la chair pour se nourrir et des fourrures pour garantir la famille de la rigueur des saisons. Ils ne demandaient rien davantage. Mais le contact des Européens leur fit bientôt connaître des besoins nouveaux sans leur donner de nouveaux moyens pour les satisfaire. Jadis quand l'Indien était repu; rien ne manquait à son bonheur; imprévoyant pour le lendemain, comme il était insoucieux de la veille, sa vie coulait sans sans qu'il comptât les jours, et les fatigues de la chasse ou de la pêche, les périls de la guerre n'étaient pour lui que des épisodes qui remplissaient son existence sans en compromettre la sécurité : maintenant tout était changé.

Il lui fallait des armes à feu, des munitions, des instruments de chasse et de pêche, des étoffes européennes, des objets de luxe; il lui fallait cette eau-de-vie, cette liqueur de feu, comme ils l'appelaient, qu'il aimait avec passion, et qui devait, de génération en génération, amoindrir et décimer sa race, bien plus peut-être que n'auraient pu faire les combats les plus acharnés. Les dépouilles des animaux n'étaient plus pour lui de simples vêtements, mais des objets de commerce, et, pour s'en procurer, la difficulté devenait chaque jour plus grande. Autrefois on chassait souvent,  maintenant il fallait chasser sans cesse : les animaux sauvages devenaient moins nombreux : tantôt repoussés par les chasseurs, tantôt effarouchés par le bruit des villes qui surgirent tout à coup dans leurs antiques solitudes, ils s'enfoncèrent de plus en plus dans les forêts; il fallut les suivre. Les fatigues croissaient au fur et à mesure que décroissaient les ressources : la misère, la faim, les intempéries, les privations de toutes sortes vinrent bientôt assaillir des nations jadis heureuses et décimer des générations entières. Combien de femmes, combien d'enfants ne purent supporter les fatigues des courses lointaines et succombèrent au milieu du chemin! Combien de vaillants guerriers, d'adroits et hardis chasseurs perdirent la vie dans les combats qu'il fallut soutenir contre les nations dont on traversait le territoire! Outre tous ces maux, des guerres longues et terribles surgissaient de temps à autre entre les sauvages et les Européens, et l'avantage restait toujours à ces derniers : il fallait alors quitter la place, et les restes de la nation, prenant les ossements des ancêtres, seule patrie qui leur restât désormais, emportaient ailleurs leurs misères et leur désespoir.

Quand les Européens furent définitivement maîtres du sol, leurs forces augmentant sans cesse pendant que celles des Indiens s'affaiblissaient de plus en plus, les guerres devinrent moins fréquentes, car avec quoi les indigènes les auraient-ils soutenues? La paix était encore un nouveau symptôme de destruction.

Pour s'emparer de leurs terres, on imagina de faire avec eux des traités qu'on jurait solennellement  d'exécuter avec franchise et bonne foi; mais à peine étaient-ils fixés sur le sol nouveau, que l'accroissement du commerce et de l'industrie forçait bientôt à violer la foi des serments. J'ai déjà cité plusieurs de ces exemples, en voici un nouveau. Pendant la guerre de l'indépendance, une alliance offensive et défensive avait été conclue entre les Américains et les Delawares, dont on avait alors besoin; on les avait reconnus comme nation indépendante, on avait fixé leur territoire et on leur avait accordé le droit d'envoyer un député au congrès. Mais aussitôt que la paix fut conclue avec l'Angleterre, ils cessèrent d'être redoutables; on s'empara donc de leurs terres, et ils  furent contraints de se disperser et de s'enfoncer dans l'ouest. Aujourd'hui ce mode d'acquisition est tout à fait régularisé; c'est un unsage établi, qui par le temps a pris force de loi.

"Lorsque la population européenne commence à s'approcher du désert occupé par une nation sauvage, le gouvernement des Etats-Unis envoie communément à cette dernière une ambassade solennelle ; les blancs assemblent les Indiens dansune grande plaine, et, après avoir mangé et bu avec eux, ils leur disent : que faites vous dans le pays de vos pères? bientôt il vous faudra déterrer leurs os pour y vivre. En quoi la contrée que vous habitez vaut-elle mieux qu'une autre? N'y a-t-il pas des bois, des marais et des prairies que là ou vous êtes? et ne sauriez-vous vivre que sous votre soleil? Au delà de ces montagnes que vous voyez à l'horizon, par delà ce lac qui borne à l'ouest votre territoire, on rencontre de vastes contrées où les bêtes sauvages se trouvent encore en abondance; vendez-nous vos terres, et allez vivre heureux dans ces lieux-là."

Après avoir tenu ce discours, on étale aux yeux des Indiens des armes à feu, des vêtements de laines, des barriques d'eau-de-vie, des colliers de verre, des bracelets d'étain, des pendants d'oreilles et des miroirs. Les femmes, les enfants qui veulent avoir ces objets précieux tourmentent alors les hommes pour que la vente ait lieu. Si à la vue de toutes ces richesses, ils hésitent encore, on leur insinue qu'iks ne sauraient refuser le consentement qu'on leur demande, et que bientôt le gouvernement lui-même sera impuissant pour leur garantir la jouissance de leurs droits. Que faire? A demi convaincus, à demi contraints, les Indiens s'éloignent; ils vont habiter de nouveaux déserts où les blancs ne les laisseront pas dix ans en paix. C'est ainsi que les Américains acquièrent à vil prix des provinces entières, que les plus riches souverains de l'Europe ne sauraient payer.

Article en construction

 



09/10/2006
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