Le presbytère aux bruits mystérieux

LE PRESBYTERE AUX BRUITS MYSTERIEUX

 

(Camille Flammarion – les Maisons Hantées. Ed. Ernest Flammarion 1923)

 

 

Il y a dix-huit ans environ (cas rapporté par le naturaliste Russel Wallace et publié par la Psychical Society en 1891.), ayant terminé mon stage de deux années pour l'ordination comme diacre, j'étais à la recherche d'une cure. Parmi celles dont je m'occupai s'en trouvait une dans le sud-ouest du comté de S… La paroisse était considérable et la situation très retirée. Une  maison spacieuse était à la disposition du desservant. J'acceptai cette cure, et ma femme et moi nous prîmes possession de notre nouvelle maison. Nous y arrivâmes l'après-midi d'un jour de février.


Le presbytère que nous devions occuper était un grand bâtiment carré, entouré de pelouses et de plantations, jardins et verger. La maison était détachée et située à une courte distance du village. Une route la séparait de deux ou trois maisons qui formaient les constructions les plus voisines. Nos chambres étaient grandes et suffisamment hautes : tout était en bon état, et nous nous félicitions d'avoir trouvé un logis confortable.


C'était, je m'en souviens, un vendredi après midi que nous étions arrivés, et ma femme et moi, nous travaillions avec ardeur pour arranger deux ou trois pièces afin que nous puissions les occuper le samedi soir. Le samedi, à la tombée de la nuit, les volets étaient clos, les verrous poussés et les serrures fermées, nous allions nous coucher avec satisfaction, ayant travaillé depuis deux jours comme des manœuvres.

 

Nous n'avions pas encore engagé de servante, et nous avions recours aux services d'une brave femme de la contrée qui habitait tout près. Quand j'eus tout fermé, ce samedi soir, cette campagnarde, ma femme et moi, nous étions les trois seuls êtres vivants entre les quatre murs du presbytère. Bien avant minuit, nous étions tous dans le pays des rêves, et probablement quelque peu au-delà, dans ce royaume du soleil, où aucun songe « extravagant et égaré » ne trouve son chemin. Soudain éclata à nos oreilles assoupies un bruit auquel nul sommeil ne pouvait résister. En  un instant, presque avant d'avoir repris conscience, j'étais en bas du lit, et il me semblait encore que ce bruit étrange venait de traverser le silence habituel de la nuit.

Ma femme avait été réveillée aussi brusquement et aussi complètement que moi, et tous deux nous écoutions, attendant la répétition de ce qui nous avait dérangés, ou tout autre chose qui pût nous guider pour en découvrir la cause. Mais rien ne se produisit. J'étais naturellement préoccupé de faire des recherches immédiates, car la solution naturelle du mystère était qu'une ou plusieurs personnes avaient pénétré dans la maison.

 

Je me vêtis donc rapidement et sommairement, et commençai mon exploration. Pourtant auparavant, je regardai ma montre, et constatai qu'il était juste 2h 5 du matin. Je désire attirer l'attention sur ce point. Je me livrai à une perquisition complète dans toute la maison, examinant les fermetures des portes, les verrous des fenêtres. Tout était en bon état, à sa place accoutumée. Il ne me restait rien à faire que de retourner dans ma chambre, me remettre au lit et ne plus penser au dérangement. Mais cela n'était pas aisé. Ni ma femme ni moi ne pouvions avoir été le jouet d'une erreur. Le bruit, si palpable, avait éclaté au milieu de notre sommeil d'une façon si impérieuse et avec un fracas si prolongé, que sa réalité ne pouvait être mise en doute, ni son impression effacée.

 

Ce bruit me sembla, alors et plus tard, analogue au fracas de barres de fer tombant brusquement sur le sol. Certainement, il y avait un son métallique. Pourtant il était prolongé et, au lieu de venir d'un point fixe, il avait paru traverser la maison comme une succession d'échos sonores se répercutant rapidement.

 

Je n'en parle pas seulement pour le cas particulier que je viens de raconter, mais de mon impression sur le caractère de ce bruit avec lequel, je puis bien le dire tout de suite, ma connaissance ne se borne pas aux expériences de ce dimanche matin. Naturellement, à mon retour dans ma chambre, quand nous causâmes de l'aventure, nous pensâmes tout de suite à nous assurer si la villageoise avait été aussi réveillée. Pourtant comme elle n'avait donné aucun signe d'alarme, nous résolûmes d'attendre pour voir si elle aurait quelque chose à dire le matin.

 

Nous passâmes assez tranquilles les dernières heures de la nuit, et quand le jour fut venu, nous constatâmes que le troisième membre du ménage avait eu sa part du mystérieux phénomène. Comme nous, elle avait été brusquement réveillée, et était restée longtemps dans un état de forte inquiétude. Toutefois les choses n'étaient pas aussi étranges ni aussi inattendues pour elle que pour nous : « Oh ! chers, dit-elle, on m'en avait parlé ; mais je ne l'avais jamais entendu moi-même jusqu'à cette nuit, et je ne désire pas l'entendre de nouveau. »

 

Elle en avait entendu parler auparavant, mais on ne put rien tirer de plus d'elle, et elle paraissait n'y songer qu'à contrecœur. «C'était une imagination », disait-elle, et ce fut tout ce qu'elle voulut dire. Il est un point pourtant sur lequel elle fut très nette, ce fut sur la nécessité pour elle d'aller chaque soir voir sa maison et ses enfants. Elle nous donnait ses services dans le jour, mais ne pouvait se passer de son logis la nuit. Un arrangement dans ce sens fut fait avec elle, et nous restâmes la nuit suivante, ma femme et moi, comme seuls habitants du presbytère pour le cas où il serait de nouveau assailli par une force tangible ou par un bruit impalpable. Les devoirs du dimanche furent religieusement accomplis. Je vis mes paroissiens pour la première fois avec satisfaction mon regard sur une assemblée compacte et attentive, quoique peut-être pas très intelligente ; je ne pouvais m'imaginer quelques-uns de ces solides paysans dont les faces étaient tournées si calmes vers l'autel aient eu la moindre idée d'une horrible plaisanterie à mes dépens.

 

Le moment venu, ma femme et moi, nous rentrâmes au presbytère. Par une nuit obscure d'hiver, un bon feu réjouit le cœur, et nous restâmes ainsi jusque vers 8 heures. Nous songeâmes alors à faire une inspection de la maison, bien que nous ayons eu le soin dès qu'il avait fait nuit et que notre servante était partie de fermer tout. Nous nous levâmes donc et, sortant du salon, nous nous trouvâmes dans le vestibule carré dont la porte ouvre sur le jardin. A peine y étions-nous que nous entendîmes un bruit qui nous fit nous arrêter et écouter. Ce bruit venait du long corridor au-dessus, sur lequel s'ouvrent toutes les chambres à coucher, et n'était autre chose que le bruit des pas d'un homme marchant lentement, mais fermement, le long du corridor. Rapportons les faits.

 

Il n'y avait pas d'erreur à cet égard. Distinct et net, chaque pas frappait nos oreilles. Toute de suite, ma bougie à la main, je grimpai en haut quatre à quatre, et me trouvai en un instant sur le palier d'où l'on voit tout le corridor. Mais je ne vis rien d'insolite. Naturellement ma femme m'avait suivi, car cela l'avait rendue toute nerveuse ; nous entrâmes ensemble dans les chambres, cherchant partout, mais sans rien trouver. Si quelqu'un était venu là, il n'aurait pu nous fuir. Un examen plus complet et plus minutieux de toue la maison fut la conséquence de cette aventure, et nous eûmes la satisfaction de constater que, quelle ne pût être la cause du bruit que nous avions entendu, notre logis ne recélait aucun autre être de chair et de sang que nous. Pour plus d'assurance encore, je déverrouillai la porte de la cour et examinai les lieux au dehors. Mais je fus rappelé vivement par ma femme m'annonçant que les pas inexplicables recommençaient.

 

Je dois dire ici qu'en rentrant au salon, discutant sur le sujet, ma femme et moi nous fîmes allusion à la possibilité d'être tombés sur une « maison  hantée ». Il n'est que juste d'ajouter que nous étions l'un et l'autre si peu portés au surnaturel que nous rejetâmes cette idée comme absurde, sans plus ample considération, nous contentant de penser que cet événement était quelque chose d'extraordinaire. Les faits ne se renouvelèrent pas cette nuit-là et, durant une semaine ou deux, il n'y eut plus rien de particulier à noter.

 

Pendant ce temps, nous achevâmes de nous installer. Une servante forte et énergique nous suffisait pour le travail dans la maison et nous avions engagé un garçon de quatorze ans pour s’occuper d’un couple de poneys, et faire différentes petites besognes. Ce garçon, il faut le remarquer, ne dormait pas à la maison, de sorte qu’à moins de visite, ce qui n’arrivait pas souvent, nous n’étions que trois chez nous, la nuit. Notre servante était d’un autre village et ne connaissait personne dans le pays, que nous sachions au moins. Depuis quelque temps, nous n’étions plus guère dérangés. Nous entendions toujours de temps en temps l’inexplicable bruit de pas, mais cela nous troublait aussi peu que possible : nous pensions, quoi que cela pût être que c’était, en tout cas, assez inoffensif, et non de nature à être mis en parallèle avec nos confort et nos avantages.

 

Mais bientôt nous fûmes favorisés par de nouveaux exercices d’une nature tout à fait insupportable. Notre habitation comportait sous le toit une série de mansardes s’étendant au-dessus de toute la maison. Nous avions trouvé ces mansardes vides et en bon état, et nous les avions utilisées comme débarras pour nos boîtes, caisses, etc. On y parvenait par un petit escalier s’ouvrant sur le corridor principal d’en haut et, après avoir déposé tous les objets dont nous voulions nous débarrasser, nous avions fermé la porte de cet escalier. Or, une nuit, comme nous dormions très tranquilles, commença tout à coup un vacarme impossible qui nous réveilla aussi complètement que nous l’ayons jamais pu être.


Ce tapage était des plus vulgaires, de la nature la plus commune et la plus matérielle. C’était –ou plutôt je dirai il me sembla que c’était – le résultat du choc sur le plancher des mansardes de toutes les caisses, paquets, etc., qui y étaient enfermés. Ce tapage était si violent et persistant ; c’étaient des coups, des roulements, de craquements. Naturellement des recherches s’imposaient, mais elles restèrent sans résultat. Tout était tranquille. Chaque chose paraissait en ordre, sans aucune trace de dérangement. J’avouerai que nous étions très perplexes et que cette fois encore ; aussi bien d’ailleurs que dans les occasions qui suivirent, nous fûmes condamnés à l’humiliation de rester impuissants à sortir de cette perplexité.

 

Article en construction

 

 



29/09/2006
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