Albert Einstein et le Judaïsme

 

ALBERT EINSTEIN ET LE JUDAISME

 

 Voici quelques pensées du plus grand savant de ce siècle, sur le Judaïsme, extrait du Livre "Comment je vois le monde", par Einstein en personne, des réflexions pleines de sagesse, qui n'ont pas pris une ride.

 

LES IDEAUX JUIFS:

 

La passion de la connaissance pour elle-même, la passion de la justice jusqu'au fanatisme et la passion de l'indépendance personnelle expriment les traditions du peuple juif et je considère mon appartenance à cette communauté comme un don du destin.

 

Ceux qui se déchaînent aujourd'hui contre les idéaux de raison et de liberté individuelle et qui, avec les moyens du terrorisme, veulent réduire les hommes en esclaves imbéciles de l'Etat nous estiment équitablement leurs adversaires irréconciliables. L'histoire nous a déjà imposé un terrible combat. Mais aussi longtemps que nous défendons cet idéal de vérité, de justice et de liberté, nous continuons à exister comme un des plus anciens peuples civilisés, mais surtout nous accomplissons dans l'esprit de la tradition un travail créateur pour une amélioration de l'humanité.

 

Y A-T-IL UNE CONCEPTION JUIVE DU MONDE?

 

Je ne pense pas qu'il existe une telle conception du monde, au sens philosophique du terme. Le judaïsme, presque exclusivement, traite de morale, c'est-à-dire il analyse une attitude dans et pour la vie. Le judaïsme incarne davantage les conceptions vivantes de la vie dans le peuple juif que la somme des lois contenues dans la Thora et interprétées dans le Talmud. Thora et Talmud représentent pour moi le témoignage le plus important de l'idéologie juive aux temps de son histoire ancienne.

 

La nature de la conception juive de la vie se traduit ainsi: droit à la vie pour toutes les créatures. La signification de la vie de l'individu consiste à rendre l'existence de tous plus belle et plus digne. La vie est sacrée, elle représente la valeur suprême à laquelle se rattachent toutes les valeurs. La sacralisation de la vie supra-individuelle incite à respecter tout ce qui est spirituel - aspect particulièrement significatif de la tradition juive.

 

Le Judaïsme n'est pas une foi. Le Dieu juif signifie un refus de la superstition et une substitution imaginaire à cette disparition. Mais c'est également la tentation de fonder la loi morale sur la crainte, attitude déplorable et dérisoire. Je crois cependant que la puissante tradition morale du peuple juif s'est largement délivrée de cette crainte. On comprend clairement que "servir Dieu" équivaut à "servir la vie". Pour ce but les meilleurs témoins du peuple juif, en particulier les prophètes et Jésus, se sont battus inlassablement.

 

Le judaïsme n'est pas une religion transcendante. Il ne s'occupe que de la vie qu'on mène, charnelle pour ainsi dire, et de rien d'autre. J'estime problématique qu'il puisse être considéré comme religion au sens habituel du terme, d'autant qu'on n'exige aucune croyance du juif mais plutôt un respect de la vie au sens supra-personnel.

 

Mais il existe enfin une autre valeur dans la tradition juive, se découvrant magnifiquement dans de nombreux psaumes. Une sorte de joie enivrante, un émerveillement devant la beauté et la majesté du monde exalte l'individu même si l'esprit n'arrive pas à concevoir l'évidence.

 

Ce sentiment où la véritable recherche puise son énergie spirituelle rappelle la jubilation exprimée par le chant des oiseaux devant le spectacle de la nature. Ici s'exprime une sorte de ressemblance avec l'idée de Dieu, une sorte de balbutiement de l'enfant devant la vie. Tout ceci caractérise le judaïsme et ne se rencontre pas ailleurs sous d'autres noms. En fait Dieu n'existe pas, pour le Judaïsme où le respect excessif de la lettre cache la pure doctrine. Mais je considère néanmoins le judaïsme comme un des symbolismes de l'idée de Dieu les plus purs et les plus vivaces, surtout parce qu'il recommande ce principe du respect de la vie.

 

Il est révélateur que dans les commandements de la signification du Shabbat, les animaux soient expressément inclus, tellement la communauté des vivants est ressentie comme un idéal. Plus nettement encore s'exprime la solidarité entre les humains, et ce n'est pas un hasard si les revendications socialistes émanent surtout des Juifs.

 

Combien vivace dans le peuple juif la conscience de la sacralisation de la vie! Elle s'illustre fort bien même dans la petite histoire que me racontait Walter Rathenau un jour : "Quand un Juif dit qu'il chasse pour son plaisir, il ment." La vie est sacrée. La tradition juive exprime cette évidence.

 

CHRISTIANISME ET JUDAISME:

 

Si l'on sépare le judaïsme des prophètes, et le christianisme tel qu'il fut enseigné par Jésus-Christ de tous les ajouts ultérieurs, en particulier ceux des prêtres, il subsiste une doctrine capable de guérir l'humanité de toutes les maladies sociales.

 

L'homme de bonne volonté doit essayer courageusement et à sa mesure dans son milieu de rendre vivante cette doctrine d'une humanité parfaite. S'il accomplit cette expérience loyalement, sans se laisser éliminer ou interdire par ses contemporains, il a le droit de s'estimer heureux lui et sa communauté.

 

                             . Albert Einstein . (Comment je vois le monde. Ed.Champs/Flammarion).

 

 

 



07/05/2006
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