La vision du Mormonisme dans les dictionnaires français du XIXe siècle

Présentation :

 

Ce travail historique, au sein du Ramah Project, à pour objet de rescenser toutes les occurences des dictionnaires du XIXe siècle, relatives aux Mormons et à l'Eglise de Jésus-Christ. Afin de mieux comprendre les éléments dont disposés les intellectuels de l'époque, sur l'Eglise Mormone.

 

Bien que le Mormonisme soit un phénomène religieux récent au XIXe siècle, il est déjà "connu" des érudits européens, en "bien" ou en "mal". Pour certains, il s'agit d'une secte, pour d'autres une religion "insolite", mais tous reconnaissent des mérites aux Saints. Les renseignements qu'ils possèdent sont confus, par exemple, l'article du Dictionnaire de Louis Grégoire, de 1877, est bourré d'erreur. Par exemple, le roman de Spaulding n'est pas la source directe du Livre de Mormon, comme il a été démontré de nos jours. La question reste certes débattue, mais rien n'est tranché dans un sens ou dans l'autre par la "critique historique" du Livre de Mormon. Ou encore, le fait de présenter "Nauvoo" comme une ville que les mormons "occupent" alors que c'est eux qui l'ont édifiée.


Elisée Reclus le grand géographe du XIXe siècle est plus dur pour les Saints, probablement en raison de son anticléricalisme notoire, le Mormonisme apparait à ses yeux comme un "papisme" de plus. D'autre comme Emile Littré, auteur du premier dictionnaire véritablement populaire et au sérieux indubitable, est plus nuancé. Il présente le Mormonisme comme une "secte judaïque et chrétienne", comme nous le verrons plus loin. Tous ces érudits européens ont des parties du puzzle mormon, mais ils sont loin d'avoir les informations nécessaire pour comprendre le Mormonisme dans son essence et dans son histoire. En tout cas, l'oeuvre missionnaire, envoyée en Europe dès le vivant du Prophète Joseph Smith, aura eu pour conséquence de faire connaître, dès le départ, l'Eglise de Jésus-Christ dans toutes les sphères intellectuelles et populaires de la vieille Europe.

 

Dictionnaire encyclopédique d'histoire, de biographie, de mythologie et de géographie par Louis Grégoire, Docteur ès lettres. Ed. Garnier Frères. 1877

 

Mormons, ou saints des derniers jours, sectateurs d'une religion nouvelle inventée, vers 1830, et annoncée aux Etats-Unis par Joseph Smith, du Vermont, d'après les données que lui fournit un roman biblique inédit dû à un nommé Spaulding. Chassé de l'Ohio, puis du Missouri, le prophète s'établit à Nauvoo, dans l'Illinois, 1840, mais il ne tarda pas à être massacré, 1844. Ses disciples se réfugièrent à l'Ouest des monts Rocheux, dans le territoire d'Utah, 1846, et bâtirent sur les bords du Lac Salé, la Nouvelle-Jérusalem. Sous la conduite de Brigham Young, ancien charpentier, ils ont constitué un Etat véritable. Ils sont aujourd'hui au nombre de 60.000 Le Livre de Mormon, qui est la base de leur doctrine, admet, comme principe fondamental, l'existence d'un Christ américain, d'une révélation spéciale à l'Amérique. La polygamie est aussi tolérée ; il y règne comme une sorte de communisme.

 

 

 

Dictionnaire encyclopédique d’histoire, de biographie, de mythologie et de géographie par Louis Grégoire, Docteur ès lettres. Ed. Garnier Frères. 1877

 

Mormons, ou saints des derniers jours, sectateurs d’une religion nouvelle inventée, vers 1830, et annoncée aux Etats-Unis par Joseph Smith, du Vermont, d’après les données que lui fournit un roman biblique inédit dû à un nommé Spaulding. Chassé de l’Ohio, puis du Missouri, le prophète s’établit à Nauvoo, dans l’Illinois, 1840, mais il ne tarda pas à être massacré, 1844. Ses disciples se réfugièrent à l’Ouest des monts Rocheux, dans le territoire d’Utah, 1846, et bâtirent sur les bords du Lac Salé, la Nouvelle-Jérusalem. Sous la conduite de Brigham Young, ancien charpentier, ils ont constitué un Etat véritable. Ils sont aujourd’hui au nombre de 60.000 Le Livre de Mormon, qui est la base de leur doctrine, admet, comme principe fondamental, l’existence d’un Christ américain, d’une révélation spéciale à l’Amérique. La polygamie est aussi tolérée ; il y règne comme une sorte de communisme.

 

 

Dictionnaire de la Langue Française, par Paul-Emile Littré 1863

 

Mormon  /mor-mon/ s.m. Nom d’une secte religieuse, moitié judaïque, moitié chrétienne, qui admet la polygamie et la théocratie, et qui s’est établie dans l’Amérique du Nord. / Adj. L’église mormone. R. Mormon, personnage imaginaire qui, selon Joseph Smith, fondateur de la religion mormone, sortit de populations juives qui auraient pénétré jadis en Amérique.

 

Encyclopédie moderne dictionnaire abrégé des sciences, des lettres, des arts, de l’industrie, de l’agriculture et du commerce. Sous direction de M. Léon Renier. Ed. Firmin Didot. 1860.

 

Mormonites (Histoire religieuse.) Parmi  les sectes qui se disputent l’esprit et la conscience des peuples, la secte des mormonites est sans contredit une des plus nouvelles et des plus bizarres. Elle est née aux Etats-Unis, sur ce terrain de la liberté, où toutes les idées étranges, les méditations du délire, où les conceptions de l’audace, vont chercher une réalisation souvent éphémère. Jusqu’à présent elle ne s’est pas répandue hors du territoire qui lui donna naissance. On ne sait ce dont on doit le plus s’étonner ici, ou de l’audacieux charlatanisme du chef de la secte, ou de la stupidité des adeptes. Il y a quelque trente ans, JOSEPH SMITH, le prophète actuel des mormonites, était un pauvre chercheur de trésors, exerçant son aventureuse industrie dans les contrées occidentales de l’Etat de New-York, où une tradition assez répandue veut que des métaux précieux aient été enfouis lors de la guerre de l’indépendance. Un des plus ardents à la fouille pendant quelque temps, Smith, parut tout à coup se relâcher ; il affecta des airs de mystère et des prétentions singulières, on le voyait parfois se retirer au fond des bois et en revenir le regard inspiré et les vêtements en désordre. Trois révélations successives, raconta-t-il depuis, lui avaient annoncé qu’il était appelé à une haute mission de la part du Très-Haut. « La première fois une lumière resplendit autour de ma tête, dit-il, et m’enveloppa tout entier. Au même instant les anges m’apparurent, et me dirent que mes péchés m’étaient remis, que l’univers était plongé dans l’erreur, et que lorsqu’il en serait temps la vérité me serait révélée. »

 

La seconde révélation informa le nouveau Messie que les Indiens de l’Amérique étaient ce qui restait des fils d’Israël, et que des prophètes anciens, dès longtemps disparus, avaient déposé les annales de ce peuple dans un lieu sûr, pour les sauver des mains des infidèles. Enfin, dans la troisième, qui lui fut faite en 1823, le lieu ou reposaient les mystérieuses archives lui fut dévoilé. Sur les indications des anges, il les trouva dans une caverne d’une haute montagne ; située à l’est de la route de Palmyre, dans le comté de Wayne, canton de New-York.

 

Un coffre de pierre les contenait ; elles étaient tracées sur des plaques d’or. Ces plaques étaient le livre même de l’ancienne loi, signée du nom de MORMON, le dernier des prophètes indiens. La découverte était précieuse ; toutefois ce n’était point assez. Un peuple qui était venu de la Palestine il y avait quatre mille ans devait parler une autre langue que l’anglais. Smith trouve que cette langue était l’antique langue de l’Egypte. Les anges, qui avaient comblé le prophète de tant de faveurs, auraient bien pu lui conférer le don des langues, à ce qu’il paraît. Smith fut donc obligé d’apprendre l’égyptien avant d’enlever les plaques. Vers 1827 il parvint à les transcrire. Trois ans encore lui furent nécessaire pour les traduire en anglais ; et c’est en 1830 que parut enfin cet ouvrage, en un volume in-12 de 888 pages. Quant aux plaques, personne ne les vit. Du nom de son auteur le livre fut appelé la Bible de Mormon ; et les partisans de Smith en prirent le nom de Mormonites ; on les désigne aussi par le nom de saints du dernier jour (latter-day-saints).


La Bible de Mormon se divise en deux parties. La première trace l’histoire des Néphites de la tribu de Joseph, depuis leur départ de Jérusalem pour l’Amérique, sous la conduite de Néphi ;elle raconte leurs aventures, leurs guerres et leurs malheurs jusqu’à leur destruction près de Camorah, Etat de New-York, où Smith trouva  les plaques d’or. La seconde partie est l’histoire plus ancienne des Jaredites, autre nation venue en Amérique, lors de la desctruction de la Tour de Babel, et dont les derniers descendants, près de s’éteindre, avaient transmis aux Néphites, qui arrivaient, les annales de leur histoire. Dans toutes deux se trouvent des révélations de Dieu aux prophètes de ces peuples sur l’avènement futur de Joseph Smith. 

 

Quelle que soient les inepties répandues dans les livres mormonites, ces livres ont paru cependant au-dessus de la capacité d’un homme tel que Smith ; et on a fait honneur à un prêtre, nommé Spaulding, qui, ayant renoncé au sacerdoce pour le commerce et, ayant fait faillite, s’était ingénié à composer, et dans l’espoir de relever sa fortune, un livre relatif aux tertres tumulaires des Etats-Unis, qu’on commençait alors à exploiter avec une curiosité avide. Il rattachait l’histoire de ces tombeaux aux dix tribus d’Israël perdues depuis le roi Sédécias ; et pour donner à son livre, qu’il intitulait le Manuscrit retrouvé, un cachet d’antiquité, il imitait le style des Hébreux. L’œuvre était encore dans les cartons de l’éditeur quand Spaulding mourut. Le manuscrit serait passé alors entre les mains de Smith et de son ami Sidney Rigdon, ancien prédicateur baptiste, et après quelques modifications exigées par les projets de Smith, il serait devenu la Bible de Mormon.

 

Smith commença ses prédications aux environs de New York. De là, avec ses sectateurs, il se répandit dans l’Ohio. Faisant ici peu de prosélytes, il passa dans le Missouri. Il était occupé à y fonder le Mont-de-Sion, pour servir de capitale au vaste empire dont il rêvait, lorsque sa conduite déréglée l’en fit chasser. L’Eglise est maintenant établie dans l’Illinois, et elle y édifie la ville de Nauvoo ; elle se compose de quelques milliers d’individus. Smith est toujours le grand prophète inspiré de Dieu ; mais sous le masque de prophète commence à percer l’homme, même pour les yeux de ses adeptes, et l’homme, on le dit tout haut, est une sorte d’habile industriel.

 

Voici le portrait qu’en fait un voyageur anglais, M. Caswel, qui visitait en 1842 la ville des mormonites. « Il a un extérieur vulgaire, et ses façons offrent un mélange de l'escroc et du clown. Ses mains sont larges et très-grasses. Il porte au doigt une bague en or massif sur laquelle est une inscription. Les mystères du Mormonisme sont aujourd’hui dévoilés. John C. Bennet, qui fut major de la légion de Nauvoo, a mis en lumière les scènes de débauche et d’escroquerie du grand patriarche de la secte. » Nous finissons par ce fragment d’un discours de Smith, dont le sens est assez équivoque.

 

« En vérité, en vérité, je vous le dis : que tous les saints viennent à moi ! Venez tous à moi avec votre or, votre argent, vos pierres précieuses. Apportez du buis, du sapin et d’autres bois, et avec le fer, avec le cuivre, avec tous les métaux de la terre, bâtissez un temple en mon nom, afin que le Très-Hat y réside. »

 

De la religion aux Etats-Unis d’Amérique ; par Robert Baird.

Revue britannique, année 1848.

Charles Cassou

 

Commentaire :

 

Cet article paru en 1860 est très dur envers le Mormonisme naissant. Il comporte des indications paradoxales et intéressantes, d’un côté Charles Cassou l’auteur de cet article explique que Joseph Smith est un escroc, de l’autre, il admet la véracité des plaques d’or je cite : La découverte était précieuse. L’auteur est donc d’accord sur la nature archéologique de la découverte de Joseph Smith. Mais il demeure sceptique sur les conditions de la découverte et sur le mobile de Joseph Smith pour l’utiliser, en terme clair « faire de l’argent ».

 

Nous pouvons également dire avec le recul de l’histoire, que la source utilisée pour dénoncer Joseph Smith est John C. Bennet, qui nous le savons désormais, était un véritable escroc notoire, et un homme à la moralité douteuse et sans aucune éthique. C’est en fait John C. Bennet qui est un « escroc et un clown ». Par ailleurs, après la mort de Joseph, l’aventure de Bennet chez James Strang est révélatrice de son « honnêteté ». Bennet est le véritable Léo Taxil du Mormonisme. (Léo Taxil est un auteur de la fin du XIXe s. qui écrivit des textes qui soi-disant révélés les secrets de la Maçonnerie, et qui en fait, étaient de véritables pamphlets diffamatoires, et délirant, écrits par jalousie et méchanceté).

 

Il est clair que Charles Cassou a été manipulé et influencé par les écrits de John C. Bennet, et qui donne du Mormonisme une vision très mitigées, voir médiocre, aux yeux des lecteurs de l’Encyclopédie Moderne de 1860. Par contre, nous pouvons aisément démêler le vrai du faux de ce texte, nous savons également que l’œuvre de Spaulding n’a pas été utilisée par Joseph Smith et qu’il s’agit tout à fait d’un malencontreux hasard. Et d’ailleurs, les théories du Livre de Mormon se retrouvent déjà dans les préoccupations des Juifs, notamment dans l’œuvre magistrale de Manasse Ben Israël «l’Epérance d’Israël » publiée au XVIIe siècle.

 

Charles Cassou fait de Joseph Smith un « simplet » quelqu’un qui n’aurait pas été capable de traduire ou d’écrire le Livre de Mormon. En fait, comme nous le savons par l’étude de sa vie, Joseph Smith était un homme brillant et cultivé, qui avait lu, de nombreux livres et avait pour ami personnel un Rabbin. Jamais un docteur de la Loi Juive n’aurait accepté d’être l’ami d’un ignorant « épais » d’esprit, lorsque l’on sait la place qu’occupe la culture dans la tradition Juive. On sait également que Joseph appris avec beaucoup de facilité et de passion, la Cabale par le biais de ce Rabbin. Or la Cabale, est un domaine éminemment complexe et foisonnant, qu’un esprit faible ne saurait pénétrer.

 

Bien sur, certains ont dit que Joseph avait utilisé la cabale pour fonder son mouvement, mais ici, c’est une autre histoire, qui est largement débattue. Mais qui à l’avantage de ne pas remettre en cause le caractère inspiré de Joseph Smith, ni sont puissant mysticisme.

 

Autre information que nous livre ce texte ancien, on y parle d’un caverne et non d’un coffre de pierre trouvé à même la colline de Cumorah (orthographiée par erreur Camorah dans ce texte). C’est ici le détail le plus intéressant de cet article de Charles Cassou. En effet, il avait donc lu ou entendu dire, que Joseph avait découvert une caverne dans la colline. La version officielle actuelle explique qu’il s’agissait d’un coffret de pierre enfoui dans le sol. Mais on a des écrits provenant de Brigham Young qui parle également d’une caverne, qu’il aurait exploré, en compagnie de Frère Joseph et de Sidney Rigdon. Une caverne de grande taille, qui aurait contenu d’autres plaques d’or, d’après son témoignage, plaques qui auraient pu remplir l’équivalent d’une dizaine de grands chariots, plus l’épée de Laban suspendue à une paroi, et bien d’autres éléments anciens. Ce témoignage se trouve dans l’un des discours de Brigham Young. Une question se pose, que sont devenus ces éléments ? Ont-ils été emportés dans l’exode vers l’Utah  dans un convoi gardé secret ? Nous ne le saurons sans doute jamais, mais à point en douter, certains devaient (ou savent ?) encore la vérité à ce propos des autres plaques vues par les trois Frères.

 

En cela,  le texte de Cassou est précieux pour cette information de la caverne. Mais tout le reste n’est fait que pour démontrer la fausseté de la religion « mormonite ». L’histoire lui a donné tort, et le succès phénoménal du Mormonisme mondial est un indicateur que les historiens, et les sociologues ne peuvent plus négliger depuis bien longtemps.

 

 

 

 

 

 

 



03/10/2006
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